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Études de cas

Optimiser les tournées de transport avec l’IA dans le transport routier de marchandises

  • Une entreprise de transport routier de marchandises peut réduire de 25 % à 35 % le temps passé à replanifier les tournées quand l’IA exploite les données TMS, télématique, quai, trafic et historique d’exécution.
  • Le cas d’usage prioritaire concerne les aléas quotidiens : retards de chargement, temps d’attente, créneaux clients, indisponibilités conducteurs, ruptures de séquence et ETA peu fiables.
  • L’IA aide les exploitants à anticiper les retards, prioriser les actions, proposer des scénarios de réaffectation et préparer les messages clients.
  • Dans ce cas, l’entreprise a gagné 64 à 82 heures par mois sur la replanification et réduit de 24 % les appels entrants liés aux horaires de livraison.
  • Le sujet est stratégique : seules 15 % des entreprises du transport de marchandises et de la logistique déclarent utiliser l’IA, alors que France Num identifie l’automatisation, la prévision et l’optimisation comme des leviers majeurs pour la filière.

Quelle entreprise de transport est concernée ?

Ce cas concerne une entreprise de transport routier de marchandises spécialisée dans les flux régionaux et interrégionaux de palettes industrielles. Elle travaille pour des industriels de la plasturgie, de la mécanique, de l’emballage et des pièces de maintenance.

L’entreprise compte 165 salariés, dont 118 conducteurs, 14 exploitants transport, 5 affréteurs, une cellule service client et une direction d’exploitation. Son parc comprend 96 tracteurs, 142 semi-remorques et plusieurs véhicules porteurs pour des livraisons urbaines ou périurbaines.

Son activité repose sur des tournées quotidiennes avec contraintes fortes : horaires de chargement, créneaux de livraison, retours palettes, temps d’attente sur site, disponibilités conducteurs, réglementation sociale et exigences de notification client.

Le transport routier évolue dans un contexte sous tension. L’IRU indiquait en 2025 que 426 000 postes de conducteurs routiers étaient non pourvus en Europe, avec une pénurie durable liée au vieillissement de la profession.

Pourquoi l’optimisation des tournées devenait-elle prioritaire ?

La direction observait une hausse régulière des aléas d’exploitation. Les tournées prévues la veille tenaient rarement intactes jusqu’au soir suivant. Les retards de quai, les changements de créneaux, les indisponibilités de matériel et les demandes clients de dernière minute obligeaient les exploitants à réagir en continu.

Chaque journée démarrait avec un plan cohérent. Dès 9h30, les premiers décalages apparaissaient. Un chargement prenait quarante minutes de plus que prévu. Un client avançait un créneau. Un conducteur signalait une attente prolongée. Un transporteur partenaire refusait une reprise tardive.

Avant intervention, l’entreprise gérait en moyenne chaque mois :

  • 4 200 à 4 600 ordres de transport
  • 1 350 à 1 550 tournées planifiées
  • 720 à 840 incidents d’exploitation qualifiés
  • 260 à 330 retards supérieurs à 45 minutes
  • 1 900 à 2 300 appels entrants liés aux horaires, statuts ou créneaux

Le temps passé à replanifier représentait un coût important. Chaque exploitant consacrait 1h15 à 1h45 par jour à ajuster les tournées, contacter les conducteurs, prévenir les clients et arbitrer les priorités.

Quelles douleurs spécifiques au transport de marchandises freinaient l’exploitation ?

La première douleur concernait les ETA instables. Les heures d’arrivée prévues dépendaient du trafic, des temps de quai, de la durée réelle des chargements, des pauses conducteurs et des incidents terrain. Les clients recevaient parfois une information tardive ou approximative.

La deuxième douleur venait des temps d’attente. Les conducteurs pouvaient perdre 35 à 90 minutes sur certains sites de chargement ou de déchargement. Ces écarts désorganisaient les tournées suivantes et réduisaient la capacité effective du parc.

La troisième douleur touchait les kilomètres à vide. Les exploitants tentaient de repositionner les véhicules, mais les décisions se prenaient sous pression, avec une visibilité imparfaite sur les flux retour, les contraintes conducteurs et les demandes clients disponibles.

La quatrième douleur concernait le service client. Les clients appelaient pour obtenir un statut, une ETA ou une confirmation de livraison. Les exploitants perdaient du temps à retrouver l’information au lieu de traiter les vrais arbitrages.

La cinquième douleur portait sur la qualité des données. Les informations utiles existaient dans le TMS, la télématique, les portails clients, les mails et les appels conducteurs. Leur exploitation opérationnelle restait trop manuelle.

Pourquoi ce cas est-il crédible dans le transport routier ?

Le transport de marchandises dispose déjà d’un socle de données utilisables : ordres de transport, plans de tournée, positions véhicules, événements de chargement, preuves de livraison, temps d’attente, statuts, réclamations, historiques clients et données conducteurs.

France Num souligne que l’IA permet d’automatiser, prévoir et optimiser de nombreux processus dans le transport et la logistique. Le guide publié avec France Logistique vise précisément à aider les acteurs de la filière à passer d’un intérêt général à des usages concrets.

La Direction générale des Entreprises a publié en mars 2026 un guide d’adoption de l’IA pour la filière logistique et transport de marchandises. Ce guide s’inscrit dans le plan « Osez l’IA », qui vise à accélérer la diffusion de l’IA dans les PME et ETI françaises.

Le contexte réglementaire renforce aussi le mouvement vers des données transport mieux structurées. Le règlement européen eFTI vise à remplacer une partie de la documentation papier par des données électroniques sécurisées dans le transport de marchandises, avec une application complète prévue au 9 juillet 2027.

Quelle était la situation initiale avant le cadrage ?

L’entreprise disposait déjà d’un TMS, d’une solution de géolocalisation et d’un portail client pour certains comptes clés. Malgré ces outils, la décision quotidienne restait très dépendante de l’expérience des exploitants.

Le matin, chaque exploitant suivait son portefeuille de tournées. Il consultait les alertes, appelait les conducteurs, vérifiait les créneaux et ajustait les priorités. Les arbitrages restaient locaux, avec peu de comparaison entre scénarios.

L’échantillon analysé sur huit semaines montrait des temps moyens significatifs :

  • 6 à 9 minutes pour qualifier un retard simple
  • 18 à 25 minutes pour replanifier une séquence de tournée
  • 28 à 42 minutes pour traiter un incident impactant plusieurs clients
  • 45 à 60 minutes pour reconstruire une journée après un incident matériel

Le reporting arrivait trop tard. Les causes de retard étaient analysées en fin de semaine, parfois en fin de mois. L’exploitation avait besoin d’une aide à la décision en cours de journée, au moment où les marges de manœuvre existaient encore.

Comment le cas d’usage a-t-il été analysé ?

Skalgo a commencé par suivre le cycle réel d’une tournée, depuis l’ordre de transport jusqu’à la clôture. L’analyse a couvert la planification, le départ conducteur, le chargement, le transit, la livraison, la preuve, les incidents et les mises à jour client.

Le diagnostic a utilisé cinq critères de priorisation :

  • volume d’aléas par type de tournée
  • impact client des retards
  • temps exploitant consommé
  • disponibilité des données en temps utile
  • capacité à proposer des scénarios actionnables

Trois familles d’aléas ont été retenues pour le premier périmètre. Les retards de chargement, les décalages de créneaux client et les ruptures de séquence sur tournées multi-points concentraient le meilleur potentiel.

Les cas à forte sensibilité ont reçu un circuit renforcé : matières dangereuses, transport sous température dirigée, client stratégique, pénalité contractuelle, incident sécurité, indisponibilité conducteur ou risque de dépassement réglementaire.

Cette sélection a permis de travailler sur les irritants les plus fréquents, avec une valeur mesurable et une maîtrise humaine conservée sur les décisions critiques.

Quelles recommandations ont été formulées ?

La première recommandation a consisté à créer une vue d’exploitation augmentée. Chaque tournée recevait un statut clair : conforme, à surveiller, en risque, à replanifier ou à escalader. Cette vue réduisait le temps passé à chercher les urgences.

La deuxième recommandation a porté sur la prévision des retards. L’IA croisait historique client, temps de quai, position véhicule, durée restante, créneau de livraison et événements récents. L’objectif consistait à signaler les retards probables avant l’appel du client.

La troisième recommandation a structuré les scénarios de replanification. L’outil proposait plusieurs options : inversion de séquence, réaffectation partielle, décalage de créneau, relais conducteur, sous-traitance ponctuelle ou information client anticipée.

La quatrième recommandation a concerné les messages opérationnels. L’IA préparait des notifications clients et conducteurs avec ETA actualisée, motif factuel et prochaine étape. L’exploitant validait l’envoi.

La cinquième recommandation a mis en place un reporting des causes. Les retards ont été analysés par client, site, créneau, zone, conducteur, transporteur partenaire et typologie de marchandise.

Enfin, les équipes ont reçu une formation courte sur les usages, limites et responsabilités liées à l’IA. L’AI Act impose depuis février 2025 une exigence d’AI literacy pour les organisations qui déploient des systèmes d’IA, en fonction du contexte d’utilisation.

Comment l’avant / après s’est-il matérialisé ?

L’exemple le plus parlant concernait une tournée industrielle multi-points entre la région lyonnaise, la Bourgogne et l’Île-de-France. Le conducteur devait charger deux lots le matin, livrer trois sites dans l’après-midi et récupérer un flux retour le lendemain.

Avant, un retard de chargement de 55 minutes déclenchait une chaîne d’appels. L’exploitant contactait le conducteur, vérifiait les créneaux, appelait deux clients, cherchait une solution de report et actualisait le TMS. Le traitement mobilisait 38 minutes et générait trois relances client.

Après, l’IA signalait le risque dès le dépassement du temps moyen de quai. Elle proposait deux scénarios : maintenir la séquence avec alerte client, ou inverser deux livraisons pour préserver le créneau le plus contraint. L’exploitant choisissait le second scénario et validait les messages.

Le temps de traitement est tombé à 17 minutes. Le client prioritaire a reçu une ETA actualisée avant d’appeler. Le conducteur a reçu une séquence claire. Le service client a évité deux relances.

Sur les retards simples, le temps de qualification est passé de 7 minutes à 3 minutes. Sur les replanifications multi-points, le temps moyen est passé de 22 minutes à 13 minutes. Sur les incidents complexes, le gain restait plus variable, mais la fiche de synthèse facilitait l’arbitrage manager.

Quels résultats chiffrés ont été observés ?

Après trois mois d’usage stabilisé, les résultats retenus étaient les suivants :

  • -33 % de temps moyen consacré à la replanification quotidienne
  • -24 % d’appels entrants liés aux ETA et statuts de livraison
  • -18 % de retards clients récurrents sur les sites les plus suivis
  • -9 % de kilomètres à vide sur les flux compatibles avec repositionnement
  • +16 % de tournées suivies par exploitant sans perte de qualité
  • 64 à 82 heures gagnées par mois sur les tâches de qualification, replanification et notification

Une donnée terrain anonymisée a aussi été suivie. Sur les 1 050 premières alertes générées, 72 % ont été confirmées comme utiles par les exploitants, soit parce qu’elles anticipaient un retard, soit parce qu’elles évitaient une recherche manuelle.

Le gain économique venait de plusieurs effets cumulés : moins de temps exploitant consommé, moins d’appels entrants, moins de retards subis, moins de kilomètres improductifs et meilleure capacité à absorber les aléas.

L’entreprise a aussi identifié trois sites clients avec des temps de quai systématiquement supérieurs aux hypothèses utilisées dans le planning. Cette information a permis de renégocier des créneaux, ajuster les temps standards et réduire les tensions récurrentes.

Pourquoi la qualité de service a progressé ?

La qualité de service a progressé grâce à une information plus rapide et plus fiable. Les clients recevaient des ETA actualisées plus tôt. Les conducteurs recevaient des consignes plus claires. Les exploitants consacraient davantage de temps aux arbitrages à forte valeur.

La standardisation des messages a réduit les écarts de communication. Chaque notification contenait les mêmes éléments : tournée concernée, horaire actualisé, motif opérationnel, action engagée et interlocuteur de suivi.

Le reporting des causes a aussi changé la discussion avec les clients. L’entreprise pouvait distinguer les retards liés au trafic, aux quais, aux créneaux trop serrés, aux retours mal anticipés ou aux changements de dernière minute.

Cette lecture a permis de traiter les causes répétitives. Les exploitants ont cessé de gérer certains problèmes comme des urgences isolées. Ils ont commencé à les documenter comme des irritants structurels à corriger.

Quelles erreurs ont été évitées ?

La première erreur évitée aurait consisté à laisser l’IA décider seule des tournées. L’entreprise a gardé une validation humaine sur les scénarios proposés, surtout quand plusieurs clients ou contraintes conducteurs étaient concernés.

La deuxième erreur aurait consisté à travailler avec des données instables. Les statuts TMS, les temps standards et les motifs d’incident ont été harmonisés avant l’élargissement du périmètre.

La troisième erreur aurait été d’optimiser uniquement les kilomètres. Le transport de marchandises demande un arbitrage plus large : service client, réglementation sociale, contraintes conducteur, pénalités, qualité de relation et disponibilité du parc.

La quatrième erreur concernait la communication client. Une ETA automatique mal contextualisée peut créer de la défiance. Les messages ont donc été conçus comme des brouillons validés par l’exploitation, avec un ton factuel et adapté aux comptes stratégiques.

Quand ce cas d’usage devient-il prioritaire ?

Ce cas devient prioritaire quand les exploitants passent trop de temps à traiter des aléas répétitifs. Les signaux sont clairs : appels entrants élevés, ETA peu fiables, retards récurrents sur certains sites, replanifications fréquentes et reporting trop tardif.

Il devient aussi prioritaire quand la pénurie de conducteurs limite la capacité de croissance. L’IRU indique que plus de la moitié des transporteurs européens interrogés déclarent être freinés dans leur développement par la pénurie de conducteurs qualifiés.

Le cas mérite également attention quand l’entreprise travaille avec plusieurs donneurs d’ordre industriels. Chaque client a ses créneaux, pénalités, exigences de notification et portails. L’IA apporte alors une valeur forte en consolidation, anticipation et priorisation.

Enfin, le mouvement européen vers la donnée transport électronique renforce l’intérêt de structurer les informations d’exploitation. Le règlement eFTI rendra la circulation d’informations électroniques plus centrale dans le transport de marchandises à partir de 2027.

Quels enseignements une autre entreprise de transport peut-elle transposer ?

Le premier enseignement concerne le choix du périmètre. Les meilleurs cas d’usage transport commencent souvent par les aléas fréquents, mesurables et déjà documentés dans les systèmes. Les retards, temps de quai et replanifications offrent un bon point d’entrée.

Le deuxième enseignement porte sur la donnée opérationnelle. Les entreprises possèdent souvent les informations utiles, mais elles restent dispersées. La valeur apparaît quand TMS, télématique, historiques et retours terrain deviennent exploitables en temps utile.

Le troisième enseignement touche au rôle de l’exploitant. L’IA augmente sa capacité à voir, prioriser et préparer une décision. L’expérience humaine reste centrale pour arbitrer entre client, conducteur, coût, sécurité et relation commerciale.

Le quatrième enseignement concerne la crédibilité du ROI. Le gain doit être mesuré sur plusieurs dimensions : temps exploitant, appels entrants, retards, kilomètres à vide, taux de service et qualité de communication client.

FAQ

Comment optimiser les tournées de transport avec l’IA ?
L’IA peut croiser TMS, télématique, historique de temps de quai, trafic, contraintes conducteurs et créneaux clients. Elle aide à détecter les retards probables, proposer des scénarios de replanification et préparer les messages opérationnels. L’exploitant garde la décision finale.

Quels aléas traiter en premier dans le transport de marchandises ?
Les meilleurs premiers candidats sont les retards de chargement, les temps d’attente, les ruptures de séquence, les ETA instables et les créneaux clients manqués. Ces aléas sont fréquents, mesurables et liés directement à la qualité de service.

Quels gains attendre sur les tournées ?
Un gain de 25 % à 35 % sur le temps de replanification reste réaliste quand les données transport sont exploitables. Les gains complémentaires portent sur les appels entrants, les retards récurrents, les kilomètres à vide et la qualité de notification client.

Quels risques faut-il surveiller ?
Les principaux risques concernent les données incomplètes, les scénarios irréalistes, les contraintes conducteurs mal intégrées et les notifications clients trop automatiques. Un cadre d’usage solide prévoit des sources fiables, des seuils d’escalade et une validation humaine.

Ce cas convient-il aux PME de transport ?
Oui, si l’entreprise dispose déjà d’un TMS, d’une télématique ou d’un historique d’exploitation exploitable. Le périmètre peut rester simple au départ : retards de quai, ETA client et replanification des tournées les plus fréquentes.

Conclusion

Dans le transport routier de marchandises, l’IA peut améliorer la maîtrise des tournées en anticipant les retards, en priorisant les aléas, en préparant des scénarios de replanification et en fiabilisant la communication client.

Ce cas produit un résultat opérationnel clair : moins d’appels, moins de replanifications longues, des ETA plus fiables, une meilleure lecture des causes de retard et davantage de capacité pour les exploitants. La valeur se crée dans l’articulation entre données terrain, règles métier et décision humaine.

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